Vinted sous enquête en France : soupçons de liens dissimulés vers des contenus pour adultes
Un nouveau front réglementaire s’ouvre pour la plateforme de seconde main
La plateforme de revente Vinted fait une nouvelle fois face à un examen minutieux en France. L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a ouvert une enquête après la révélation d’annonces qui, sous couvert d’articles tout à fait ordinaires — maillots de bain, ensembles de lingerie ou accessoires — redirigeraient vers des contenus pornographiques ou vers des profils OnlyFans et Mym.L’affaire a éclaté après une enquête menée par le média français L’Informé, rapidement confirmée par d’autres rédactions nationales.
Selon les éléments rendus publics, certains utilisateurs exploiteraient Vinted comme porte d’entrée indirecte vers des services pour adultes, en contournant les mécanismes de contrôle de la plateforme. Le phénomène survient dans un climat d’inquiétude croissant concernant l’exposition des mineurs à des contenus inadaptés et l’insuffisance des dispositifs de vérification d’âge en Europe.
Annonces apparemment anodines, redirections douteuses
Un usage détourné de la plateforme
Les comptes mis en cause afficheraient des offres tout à fait banales mais incluraient dans la description ou dans le profil de l’utilisateur divers moyens pour poursuivre la conversation ailleurs :
- numéros de WhatsApp,
- pseudos de Telegram,
- liens vers des agrégateurs tels que Linktree, conçus pour dissimuler une arborescence de contenus explicites.
Ces méthodes rendent la détection plus complexe, non seulement pour Vinted, mais également pour les autorités de régulation. Le mécanisme n’est pas inédit : on l’a déjà observé sur certaines grandes plateformes sociales, où des produits ou des images anodines servent d’appâts pour diffuser des liens vers des contenus pour adultes.
Un risque accru pour les mineurs
Interrogée sur France 3, Sarah El Haïry, haute commissaire à l’Enfance, a rappelé un principe simple mais essentiel : « là où il y a des enfants et des adolescents, il y a aussi des prédateurs ». Elle souligne que les objets utilisés comme appâts sont « totalement normaux » et donc difficilement repérables à première vue.
Pour elle, les plateformes généralistes doivent être conscientes de leur rôle potentiel en tant que vecteurs indirects vers des contenus pornographiques, un rôle souvent négligé dans les débats sur la protection des mineurs en ligne.
Un cadre législatif français déjà renforcé
Des obligations strictes de vérification d’âge
Depuis 2024, la France impose aux sites pornographiques l’intégration de solutions robustes de vérification d’âge, sous peine de blocage par décision judiciaire. Cette disposition, entrée en vigueur après des années de débats, a provoqué de vives tensions avec les principaux acteurs du secteur, dont certains ont préféré suspendre leurs services dans le pays.Le cas Vinted, toutefois, diffère radicalement : la plateforme n’héberge aucun contenu adulte, mais peut involontairement servir de tremplin vers ce type de services, le tout sans contrôle d’âge obligatoire lors de l’inscription.
Un marché massif, particulièrement utilisé par les jeunes
Avec plus de 23 millions d’utilisateurs inscrits en France, l’un de ses marchés les plus dynamiques, Vinted possède une base particulièrement large parmi les adolescents. Cette caractéristique accroît le niveau d’alerte des pouvoirs publics, qui considèrent que la gigantesque exposition de Vinted lui confère des responsabilités similaires à celles d’autres plateformes du numérique ayant une audience de masse.
Des outils de détection, mais une pression accrue
Sollicitée par l’AFP, la société affirme disposer d’une politique ferme contre toute communication sexuelle non sollicitée, la promotion de services sexuels ou toute activité contraire à ses règles internes.
Selon Vinted, des outils de détection proactifs sont en place pour repérer commentaires inappropriés, comportements suspects ou tentatives de diffuser des liens interdits.
L'entreprise insiste : tout contenu jugé illégal ou contraire aux conditions d'utilisation est supprimé, et les utilisateurs concernés peuvent être bannis définitivement.
Malgré ces déclarations, la pression réglementaire ne cesse d’augmenter, d’autant que l’Union européenne renforce progressivement ses dispositifs de contrôle grâce au Digital Services Act (DSA), qui impose aux grandes plateformes de nouvelles obligations de modération et de surveillance active.
La polémique Shein ravive le débat
Une controverse qui dépasse le cas Vinted
L’enquête autour de Vinted intervient quelques semaines après une autre crise digitale : l’arrivée physique de Shein en France, qui a déclenché indignation et débats politiques après la découverte d’armes blanches et de poupées sexuelles à l’apparence infantile proposées sur son marketplace.
Ces révélations ont mis en lumière la fragilité des contrôles exercés par les marketplaces à grande échelle et l’importance d’un encadrement beaucoup plus strict de l’offre en ligne.
Cette controverse tombe au plus mauvais moment pour Vinted, alors que la société prépare une réorganisation de son capital. Selon Financial Times, l’entreprise envisagerait la vente d’une partie de ses actions, opération qui pourrait valoriser la plateforme autour de 8 milliards d’euros, bien au-dessus de sa valorisation de 5 milliards obtenue lors de la levée de fonds menée par TPG un an plus tôt.
Les premiers investisseurs historiques pourraient profiter de cette opération pour sortir du capital, même si la transaction ne devrait pas être finalisée avant le début de l’année prochaine. Le montant évoqué serait de plusieurs centaines de millions d’euros.
Une croissance toujours soutenue
Parallèlement, la société poursuit sa trajectoire ascendante.
Elle a clôturé son dernier exercice avec :
- un chiffre d’affaires en hausse de 36,4 %, atteignant 813,4 millions d’euros,
- des bénéfices de 76,7 millions d’euros,
- un ebitda ajusté de 17,8 millions d’euros,
- un GMV global dépassant les 10 milliards d’euros.
Pour son PDG, Thomas Plantenga, l’objectif est clair : surpasser la barre symbolique du milliard d’euros de revenus dans l’année à venir.
Une enquête qui pourrait changer la régulation des plateformes
L’activation de l’Arcom, combinée au contexte du DSA, marque peut-être le début d’une nouvelle phase réglementaire pour les plateformes de grande envergure.
Si les conclusions de l’enquête démontrent que Vinted a servi malgré elle de passerelle indirecte vers des contenus pornographiques, il n’est pas exclu que la France exigera :
- des contrôles d’âge renforcés,
- des outils plus avancés d’analyse de profils,
- ou une obligation de modération préventive sur certaines catégories d’annonces.
Les prochains mois seront décisifs pour l’avenir réglementaire de la plateforme en Europe.
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